Le bestiaire imaginaire de Mélanie Launay

Conteuse et pâtissière, Mélanie Launay, aka la « Châtelaine », crée de drôles de créatures mêlant virtuosité pâtissière et univers féérique.

Mélanie Launay ©Camille Collin

Zoohey : Mélanie Launay qui êtes-vous ?
Mélanie Launey : Je me définis comme une pâtissière conteuse, c’est-à-dire que j’écris des histoires en les illustrant avec mes pâtisseries. J’aime plonger mes lecteurs dans mon univers très particulier à travers les choix de couleurs, une mise en scène teintée d’humour et des photos de qualité. Le tout est associé à l’écriture et à de petits gribouillis ! 

Z : D’où vous vient ce goût pour la pâtisserie ?
M.L : Avant tout du fait que je suis une GROSSE gourmande. L’envie même de devenir pâtissier est arrivé tard, à une période de ma vie où c’était un peu le chaos… La pâtisserie est alors devenue une bulle de réconfort dans laquelle j’aimais me réfugier pour me sentir mieux, ce qui est encore le cas aujourd’hui. C’est aussi pour cela que mon travail est en grande partie animé par les monstres et le merveilleux. Pâtisserie et imaginaire sont pour moi indissociables l’un de l’autre. 

: Avez-vous une formation particulière ? 
M.L : Il y a cinq ans, au moment où j’ai voulu me reconvertir dans la pâtisserie, j’étais trop vieille pour repasser par la case école alors j’ai décidé d’apprendre seule. J’avais de petites bases puisque j’ai fait un lycée hôtelier, même si cela remonte à loin. J’ai regardé des vidéos sur YouTube, j’ai beaucoup lu et me suis énormément entraînée. Puis j’ai passé mon CAP. Pour tout vous avouer, ma note n’a pas été des plus mirobolantes et c’est même l’écrit qui m’a sauvé ! Suite à mon CAP, j’ai d’ailleurs arrêté le métier de pâtissier pendant 6 mois, car j’avais perdu ma motivation. Et puis je me suis dit : « Ce n’est pas ça qui va m’arrêter ! ». J’ai commencé à prendre mes gâteaux en photo et de fil en aiguille, j’ai construit mon univers. 

J’ai toujours voulu être la Blanche-Neige qui parle aux animaux de la forêt



Z : Votre nom d’artiste est « châtelaine », pouvez-vous nous expliquer ce choix ? 
M.L : Dans Châtelaine, il y a « Chat », « Reine » et « Madeleine ». Le chat, car il s’agit de mon animal fétiche. De tous les animaux, je trouve que ce félin a un « je ne sais quoi » de différent, que j’admire et que je crains à la fois. J’en ai d’ailleurs deux tatoués sur le corps : un de Bastet, la déesse chat égyptienne, anciennement lionne, mais qui, apaisée après avoir traversé le désert, se transforme en chat. Le deuxième est un portrait de mon seul et unique chat, ma Zilounette, ma tigresse d’amour !

Z : Beaucoup de vos créations sont inspirées de la nature et des animaux au point d’avoir créé un bestiaire fantastique : en quoi ces thèmes boostent-ils votre créativité ? 
M.L : Depuis que je suis toute petite, j’ai été attirée par les z’animaux. Je voulais même devenir dompteuse de tigres et puis finalement vétérinaire, un choix un peu plus sage (voyez où ça m’a menée). J’ai d’ailleurs provoqué de grandes frayeurs à mes parents, car dès que je voyais un chien, surtout un gros, je courais vers lui pour le prendre dans mes bras. En fait, j’ai toujours voulu être la Blanche-Neige qui parle aux animaux de la forêt… Ils sont mon réconfort et ma part de rêve, c’est pour ça qu’ils hantent mon travail et qu’ils animent mon monde intérieur. Mes petites créatures sont toujours avec moi quoi qu’il arrive…  Elles sont les doudous qui me rattachent à mon âme d’enfant…   

Z :  Votre univers est empreint de féérie : vous aimez raconter des histoires à travers vos créations ? 
M.L : Oui, c’est un moyen de leur attribuer une réelle identité, une histoire pour leur donner vie. Comme si mes créatures pouvaient sortir de la photo pour vous la raconter. J’aime me dire que c’est un peu comme le galvanisme donnant la vie à la créature de Frankenstein (NDLR :dans l’œuvre de Mary Shelley). 

Mes créations s’inspirent de mon vécu


Z : De quoi parlent ces histoires ?
M.L : De sujets que je puise dans mon vécu : la différence, la peur, la jalousie, les mises en garde… des messages durs et tristes que je tente de faire passer par l’imaginaire et la féerie. Par exemple, l’histoire de Lulu, le petit ourson qui se recoud tout seul quand il est blessé me tient particulièrement à cœur. A sept ans, ma nièce était gravement malade et cela faisait déjà plusieurs années qu’elle se battait contre sa maladie. Un après-midi en voiture, alors que l’on partait faire des courses, elle tenait fermement dans ses bras sa peluche recouverte de pansements. Intriguée, je lui ai demandé pourquoi et elle m’a répondu : « C’est parce qu’il est très malade… Les médecins ont fait tout ce qu’ils pouvaient, mais c’est sans espoir ». Je suis restée sans voix et ma maman lui a rétorqué : « Il y a toujours de l’espoir, il ne faut jamais abandonner »… Et voilà, l’histoire de Lulu est née quelques années après…

Z : Si vous pouviez créer « en vrai » un animal imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? 
M.L : Oh là il y a tellement de possibilités et j’ai cinquante idées à la seconde ! Mais si je n’avais le pouvoir de n’en créer qu’un, je donnerais vie à « Miss réglisse » un « Psychopompe » qui est présent dans le roman fantastique pour adolescent que je suis en train d’écrire. Il s’agit d’un minuscule chat noir (surprise !!) qui aurait des ailes de chauve-souris, mais à moitié mangées. Une de ses oreilles le serait aussi. Il lui manquerait un œil et aurait une grosse cicatrice à la place tandis que l’autre changerait de couleur en fonction de son humeur. Sa bouche serait cousue. Pour compléter ce portrait, il aurait un joli nœud autour du cou. Son plus grand pouvoir serait de conduire les morts aux endroits qui leur sont destinés de l’autre côté…


Z : Que deviennent vos créations une fois réalisées ?  
M.L : Une très grande partie est dévorée (ce serait dommage de ne pas le faire), les autres servent d’objet d’exposition éphémère dans mon salon !

Z : L’éphémère justement, est-il une part importante de votre art ?

M.L : Oh que oui, c’est ce qui donne leur part de magie à mes créations ! Et puis si les gâteaux finissent en miettes, il reste mon support fétiche, mes livres : « Le bestiaire fantastique & autre contes gourmands » et « Les élucubrations gourmandes de la Châtelaine » (si celui-ci est financé évidemment) à travers lesquels mes créations, mon travail et ma magie continuent d’évoluer…

Z : Accepteriez-vous de partager une recette pour Zoohey ? 

M.L : Ah oui avec grand plaisir, voici une recette ultra facile de fondant à vous faire rugir de plaisir :

Recette du fondant « fondannnnnt » au chocolat sans gluten 


Ingrédient : 180 gr de chocolat noir * 150 gr de beurre * 80 gr de sucre glace * 3 œufs * 1 jaune d’œuf * 40 gr de maïzena * 80 gr de mascarpone

Préchauffer le four à 200°C.

Faire fondre le chocolat et le beurre. *En parallèle, blanchir les œufs avec le jaune, le sucre glace et la maïzena. *Y verser le mélange chocolat/beurre et bien mélanger. *Ajouter le mascarpone et bien mélanger. *Verser la préparation dans les moules au 3/4 de hauteur. *Enfourner pour 10 à 12 minutes à 200°C. *Faire refroidir avant de démouler.  *Le manger chaud avec un cœur coulant ou froid en version ultra fondant !

Pour aller plus loin :

Le livre : « Le bestiaire fantastique & autres contes gourmands », 25 euros

Le site internet : Qui a volé les tartes 

La cagnotte pour l’édition d’un nouveau livre : « les élucubrations gourmandes », plusieurs contreparties selon votre participation.

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