Histoires de la vie sauvage – deuxième partie

Suite et fin des récits naturels du Wildlife Photographer of the Year :

Zoohey a sélectionné ses favoris parmi les lauréats du Wildlife Photographer of the Year, l’une des plus prestigieuses compétitions de photographies de nature organisée chaque année par le Muséum d’histoire naturelle de Londres.

Parce que ces images, fortes, belles, inattendues, tendres, énigmatiques, ont toutes attisé notre curiosité, nous avons souhaité creuser leur histoire : c’est parti pour un étonnant voyage entre terre et mer !

“A tale of two wasps”© Frank Deschandol, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Catégorie INVERTÉBRÉS

Le ballet des guêpes

On commence avec un Français, Frank Deschandol, qui a remporté la compétition dans la catégorie « invertébrés » avec cette étonnante photo au cadrage impeccable. On peut y voir deux guêpes en plein vol. La plus petite est une guêpe coucou, mesurant à peine 5 millimètres de long et se déplaçant très rapidement ce qui la rend difficile à photographier. Ses couleurs chatoyantes et son mode de vie particulier fascinent Frank Deschandol. Il faut savoir que la guêpe coucou est une espèce colonisatrice qui n’hésite pas à s’approprier le nid d’autres insectes afin d’y pondre ses œufs. Pour obtenir une chance de saisir la guêpe au vol, le photographe a mis en place, en Normandie dans la baie de Seine, un long travail de repérage et d’observation. En plus de bien connaître son sujet, Frank Deschandol, spécialiste en macrophotographie, est aussi un Géo Trouvetou de l’obturateur. Il a fabriqué lui-même un ingénieux système à infrarouge, à partir d’un vieux disque dur permettant de déclencher automatiquement un obturateur rapide lors du passage d’un insecte. C’est ainsi qu’il a réussi à saisir cet instant improbable : alors qu’une guêpe coucou, quasi invisible à l’œil nu, s’apprêtait à s’introduire dans le terrier d’une voisine, elle fut suivie de près par une autre espèce de guêpe, une ammophile des sables. La position et les couleurs des deux guêpes composent ainsi un prestigieux ballet sauvage.

“Life in the balance”© Jaime Culebras, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Catégorie AMPHIBIENS ET REPTILES

Le grenouille à petits pois jaunes

On poursuit avec la photo gagnante de la catégorie « amphibiens et reptiles ». La star cette année est une grenouille de verre surprise en plein repas dans la réserve de Manduriacu, au cœur des Andes. Amoureux de la nature et des animaux, le photographe espagnol Jaime Culebras connait bien ces grenouilles et leur immenses yeux parés d’une mosaïque de couleurs. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise en découvrant ce petit individu appartenant à une sous-espèce jusqu’alors inconnu. Cette grenouille se distingue par des points jaunes sur son dos et ses doigts non palmés. Pour réaliser ce cliché inédit, le photographe a donné de sa personne. Un soir de déluge, il a marché pendant des heures à travers la forêt pour atteindre un ruisseau où se trouvaient les grenouilles. Alors que la pluie redoublait de virulence et que la nuit commençait à tomber, Jaime Culebras s’apprêtait à rebrousser chemin lorsqu’il vit cette grenouille insolite, en train d’avaler une araignée ! Grande consommatrice d’invertébrés, la grenouille de verre joue un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes. Bien que la réserve soit protégée, elle est sérieusement menacée par des activités minières autorisées par le gouvernement ainsi que par de l’exploitation illégale de bois. La photo de Jaime Culebras nous montre pourtant les trésors que recèle ce territoire à préserver. Sur fond musical d’une chorale de grenouilles, son parapluie et son flash dans une main, son appareil photo dans l’autre, Jaime a réussi à immortaliser pour la première fois cette grenouille à points jaunes. Émouvant.

“Great crested sunrise”© Jose Luis Ruiz Jiménez, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Catégorie OISEAUX

Une vie de famille

Tout parent connait bien cette situation : de bon matin, les cheveux ébouriffés, sans même avoir pris le temps d’avaler un café, il faut nourrir sans tarder les enfants qui crient famine dans la cuisine. Comme nous, la Grèbe huppé n’échappe pas à ces moments de la vie quotidienne en famille. A l’ouest de l’Espagne, le photographe Jose Luis a composé un joli portrait intime de la vie de cette petite tribu d’oiseaux aquatiques, au prix de longues heures passées de l’eau jusqu’à la poitrine, dans un lagon non loin de la commune de Brozas. Les Grèbes huppés construisent leur nid au plus près de l’eau. Pour éviter les prédateurs, les poussins quittent le nid quelques heures seulement après l’éclosion et s’offrent une petite promenade sur le dos de leurs parents. Même lorsqu’ils ont assez grandi pour nager par eux-mêmes, les jeunes Grèbes sont nourris pendant plusieurs semaines par leurs géniteurs, jusqu’à ce qu’ils puissent prendre leur envol. Oiseaux des plus élégants, les Grèbes huppés se distinguent par leurs belles couleurs aux reflets roux, un bec rosé, un regard rouge perçant, une collerette de plumes et une superbe crête. Mais en parents exemplaires, ils n’hésitent pas à sacrifier leur mise en plis impeccable pour plonger dans l’eau à la recherche de nourriture pour leurs petits. Sur cette photo, Jose Luis a saisi l’instant parfait, alors que l’un des parents émergeait les plumes mouillées et le bec chargé de victuaille, et qu’une fine brise provoquait des ondulations de l’eau.

“When mother says run”© Shanyuan Li, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Catégorie MAMMIFÈRE

L’alerte

Il aura fallu six années de travail à Shanyuan Li pour réussir à prendre en photo cette fratrie de chats de Pallas, ou Manuls, dans les lointaines steppes de Qinghai sur le plateau du Tibet. Ces petits félins sont d’ordinaire solitaires, difficiles à trouver et surtout actifs au crépuscule et à l’aube. Shanyuan Li savait que la période la plus propice pour les photographier à la lumière du jour était donc d’août à septembre, alors que les chatons sont âgés de quelques mois seulement et que les mères font preuve de plus d’audace pour les laisser sortir. Après avoir repéré une famille de chats de Pallus, le photographe la suivit sur l’un de ses terrains de chasse situé à environ 3800 mètres. Il installa sa cachette sur un promontoire à l’opposé du repaire choisi par les Manuls (un vieux terrier de marmottes). Après des heures d’attentes, trois chatons finirent par sortir jouer sous l’œil attentif de leur mère qui surveillait les renards possiblement tapis aux environs. Inquiète par un danger qu’elle a perçu, la maman a lancé un cri d’alerte à ses petits qui se sont précipités dans leur antre, en sécurité. Grâce à la vigilance maternelle, les chatons ont de bonnes chances de survies à l’état sauvage. En revanche, il leur est plus difficile de lutter contre la dégradation et la fragmentation de leur milieu naturel, les steppes d’Asie centrale, causées par le surpâturage, la conversion des terres arables et l’exploitation minière. Les chats de Pallas sont aussi victimes de chasse pour leur fourrure et de capture visant à les transformer en animal de compagnie…

“The golden moment”© Songda Cai, Wildlife Photographer of the Year 2020

Un moment en or

Songda Cai ne sait jamais par avance ce qu’il va rencontrer dans les eaux profondes au large des côtes d’Anilao, aux Philippines. Dans ce monde de ténèbres se croisent toutes sortes de larves et de zooplanctons qui migrent des profondeurs vers la surface pour se nourrir, attirant à leur suite d’autres prédateurs. Une nuit de plongée, Songda Cai a éclairé avec le faisceau lumineux de son appareil photo, un petit calmar à dos de diamants, une espèce répandue dans les océans tropicaux et subtropicaux. Transparents tout au long de leur croissance, ces calmars se déplacent lentement, propulsés par l’ondulation de leurs nageoires triangulaires. Ils sont en outre capables de changer de couleur grâce à des sacs élastiques sous leur peau, contenant des pigments. Sublimé par la prise de vue de Sondga, ce petit calmar semble, l’espace d’un instant, s’être transformé en or, et nous laisse rêveur face à sa beauté hypnotique.

Retrouver la première partie des Histoires de la vie sauvage ici

Et pour visiter le site du Muséum d’histoire naturelle de Londres, c’est par ici

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