Histoires de la vie sauvage – première partie

Wild and free Siberian Tiger!

Quelles anecdotes se cachent derrière les photos lauréates du prestigieux concours Wildlife Photographer of the Year ?

Clic Clac ! A quoi tient une bonne photo ? Du talent, du travail, de la patience, l’amour de son sujet, un grand sens de l’observation, un coup de chance … certainement un peu de tout cela à la fois. Si on l’aime, c’est pour l’émotion qu’elle nous transmet, la rêverie qu’elle occasionne, et quelques fois, pour son histoire – et le supplément de connaissance de l’autre et du monde qu’elle nous apporte.

Le Wildlife Photographer of the Year est l’une des plus prestigieuses compétitions de photos de nature au monde, organisée chaque année par le Muséum d’histoire naturelle de Londres. Plus de 50 000 personnes, amateurs ou professionnels de tous âges et de toutes contrées, ont ainsi tenté leur chance en 2020 afin de séduire le jury.

Zoohey a sélectionné ses favoris parmi les lauréats et vous livre les récits de chacun de ces clichés, pour encore plus de saveurs ! Cette première partie fait la part belle aux jeunes photographes et à leur maîtrise de l’affût, ou l’art de voir sans être vu pour saisir l’instant parfait …

“The embrace” © Sergey Gorshkov, Wildlife Photographer of the Year 2020 – GRAND PRIX

Un amour de tigresse

La photo animalière de l’année est celle d’une étreinte : dans une expression de pure extase, une tigresse câline un vieux sapin de Mandchourie. L’animal sait peut-être qu’enlacer des arbres est bon pour la santé … Il est toutefois plus probable qu’il frotte ses joues contre l’écorce afin de déposer des sécrétions odorantes et laisser des messages. Cette tigresse cajoleuse est un Tigre de Sibérie, également appelé Tigre de l’Amour. Il s’agit de la plus grande sous-espèce du Tigre du Bengale, vivant principalement en Sibérie orientale, en Corée et au nord de la Chine. Massivement chassée au cours du siècle dernier, l’espèce a échappé de justesse à l’extinction. Elle est aujourd’hui toujours menacée par le braconnage et l’exploitation forestière qui ont réduit ses proies. Mais une étude en cours laisse entrevoir un espoir : on compterait aujourd’hui plus de 500 individus, soit une augmentation de la population par rapport aux recensements plus anciens. Même s’ils sont potentiellement plus nombreux, il est rare de pouvoir observer des tigres de Sibérie dans leur immense territoire. Sergey savait donc que ses chances de prendre en photo l’animal étaient minces, mais il était déterminé. Après une longue traque et grâce à un piège photographique, pertinemment dissimulé sur l’une des pistes empruntées par les tigres, il a réussi à saisir cet instant magique. 

“The fox that got the goose”© Liina Heikkinen, Wildlife Photographer of the Year 2020 – GRAND PRIX JEUNESSE

Par l’odeur alléché

Pendant ses vacances d’été à Helsinki, Liina, alors âgée de 13 ans, a entendu parler d’une grande famille de renard vivant en marge de la ville, sur l’île de Lehtisaari. L’endroit est à la fois riche en zones boisées et peuplé d’habitants amis des renards, ce qui rend les canidés peu craintifs des humains. Liina et son père ont donc passé toute une journée de juillet à observer deux adultes et leurs six grands enfants. Il était 7 heures du soir quand les renardeaux commencèrent à s’agiter, et pour cause : leur mère leur avait rapporté une oie. Dans un fatras de plumes volantes, les renardeaux se livrèrent à une rude bataille au-dessus de la dépouille. L’un d’entre eux, le plus jeune, remporta la mise. Emporté par l’excitation de la victoire, il urina même sur son repas … Il s’enfuit avec l’oie dans une crevasse et essaya de manger son trophée, tout en bloquant l’accès à ses frères et sœurs affamés …  Allongée à quelques mètres, Liina a pu capter cette scène et l’intensité de l’expression du benjamin de la fratrie. 

“The pose” © Mogens Trolle, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Lauréat catégorie PORTRAITS D’ANIMAUX

Le nasique, c’est chic

Un jeune mâle redresse légèrement la tête et ferme les yeux. Le bleu pâle de ses paupières apporte une note, surprenante, de couleur à son pelage auburn. Comme s’il méditait, il prend la pause quelques secondes … juste le temps pour Mogens d’immortaliser ce moment, au cœur du sanctuaire des singes de Labuk Bay à Bornéo. Le Danois a photographié nombre de primates à travers le monde, mais ce jeune singe nasique est l’un des plus sereins qu’il a pu rencontrer. Outre ses paupières bleues, qui jouent peut-être un rôle de communication avec ses congénères, le signe le plus distinctif de ce singe est bien sûr son nez, auquel il soit son nom (Nasalis larvatus – il est également appelé singe à trompe). L’appendice des nasiques grandit au fur et à mesure qu’ils avancent en âge, allant même jusqu’à pendre au-dessus de leur bouche, si bien que les singes doivent le pousser sur le côté pour manger. A noter que le nez des femelles est plus petit. Le nasique se trouve uniquement sur l’île de Bornéo et ses environs, et fait partie des espèces menacées. Sa nature paisible en fait une proie facile pour les braconniers qui le chasse notamment pour son bézoard. Cette pierre intestinale est un amas de sécrétions utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise. Mogens espère que son portait, et l’expression si touchante de cet animal qu’il a réussi à saisir, contribueront à mettre fin à ces pratiques et à nous faire entrer en plus grande connexion avec nos compagnons primates.

“Perfect balance” © Andrés Luis Dominguez Blanco, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Lauréat catégorie 10 ANS ET MOINS

En parfait équilibre

Andrés est un observateur hors pair qui aime se promener dans les prairies entourant sa maison, située à Ubrique en Andalousie. Au printemps, au cours d’une de ses balades, il a été intrigué par des passereaux européens. Il étaient alors en pleine chasse aux insectes, rythmée par leur chant singulier semblable à deux pierres frappées l’une sur l’autre. Quelques jours plus tard, Andres a demandé à son père de le conduire à la prairie où il avait croisé les oiseaux migrateurs. Utilisant la voiture comme cachette, Andrés est resté un bon moment agenouillé sur les sièges arrière, l’objectif posé sur le rebord de la fenêtre ouverte. Alors que le soleil commençait à décliner, le garçon repéra un mâle virevoltant de branche en branche. A un moment, il se posa sur la tige d’une fleur qui commença à plier sous son poids délicat … Tandis que le passereau trouvait l’équilibre, Andres réalisa une composition parfaite.

“A mean mouthful” © Sam Sloss, Wildlife Photographer of the Year 2020 – Lauréat catégorie 11 – 14 ANS

Bouchée double

Les poissons clowns ont de drôles de vie, Sam en sait quelque chose. En vacances en Indonésie avec ses parents, il a repéré lors d’une sortie en plongée un groupe de poissons nageant autour de leur demeure, une superbe anémone. Entre les poissons clowns et le polype solitaire s’est noué un solide partenariat au cours de l’évolution : les tentacules vénéneux de l’anémone protègent les œufs des poissons clowns (immunisés, depuis le temps, contre le poison urticant de l’animal) qui en retour défendent leur bienfaiteur contre certains prédateurs. C’est ce qu’on appelle la symbiose. Au milieu du va et vient hypnotique des poissons, Sam a repéré un poisson à la bouche ouverte. Ce n’est qu’en téléchargeant sa photo qu’il a découvert deux petits yeux au fond de l’orifice. Il s’agit d’un « pou mangeur de langue », un charmant parasite qui s’introduit dans le corps des poissons clowns à travers leurs branchies pour sucer le sang de leur langue … jusqu’à ce que l’organe flétrisse et tombe. Le pou prend alors la place de la langue, sans empêcher le poisson de continuer à se nourrir. Sam nous offre ainsi avec sa photo une belle mise en abime de trois formes de vie aquatiques entrelacées.

Pour visiter le site du Muséum d’histoire naturelle de Londres, c’est par ici

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