Plus un chat ! (Alerte cadeau…)

Vous aimez les chats ? Les vrais, les matous qui rôdent et à qui le monde appartient. Vous aimez Venise ? La vraie, cachée au fond d’une impasse, loin des touristes ? Alors ruez-vous sur le beau livre de l’artiste Nicolas Vial, Plus un chat ?, (éditions du Chêne, avec l’écrivain Didier Decoin) et sur son expo à La Belle Hortense à Paris (jusqu’au 31 décembre, 31, rue Vieille du Temple). En attendant, rencontre avec le peintre de la «felinissima».

La lagune vue par Nicolas Vial.

C’est dans son atelier au plafond tendu de toiles qui lui donnent un air de bateau que l’artiste Nicolas Vial m’a reçue. Les animaux (et les bateaux) jalonnent la vie et la carrière de l’artiste. Dernière preuve en date de ce compagnonnage (Indispensable cadeau, si je puis me permettre), Plus un chat? (éditions du Chêne), signé avec l’écrivain Didier Decoin. Le cadre : Venise. Les héros : les chats de la Sérénissime, rebaptisée “Felinissima” pour l’occasion. La ville mythique est en effet célèbre (aussi) pour ses chats. Des matous costauds, baptisés soriano en souvenir des ports de Syrie. C’est de là, et d’ailleurs en Méditerranée, que les marins vénitiens embarquaient les meilleurs chasseurs de rats. Leur rôle était alors de protéger les cargaisons. Une fois revenus à Venise, les marins relâchaient les chats afin qu’ils poursuivent leur mission raticide dans la cité lacustre, bateau immobile. Ces chats libres, sans maîtres attitrés mais vénérés, sont une tradition vénitienne aujourd’hui protégée. Aujourd’hui, dans cette ville envahie de touristes qui a toujours su préserver ses lieux secrets, il n’est pas rare de croiser au hasard d’un campo ou d’un jardin sauvage, de petites maisons de bois destinées aux félins. Ou d’en voir un, énorme et forçant le respect, occupant seul un banc baigné de soleil. Par un accord tacite universel, pas un humain, touriste ou non, ne se mettrait en tête de le chasser ou de s’asseoir à côté. Les soriano sont des seigneurs. Le doute n’est pas permis. Et c’est à eux que ce beau livre rend les hommages.

© Nicolas Vial. Plus un chat ? Editions du Chêne.

Les chats
“ Je suis allé à Venise en 1981 la première fois, c’était bourré de chats partout que des mamies venaient nourrir. Comme des pigeons à Paris. Cela faisait partie de l’univers vénitien. Et un jour, il n’y avait plus de chats. Tous ceux que je voyais appartenaient à quelqu’un. La ville les avait tous stérilisés. Pour moi c’était une nécessité de faire ce livre. Parce que j’adore Venise. J’y vais tout le temps. Dans Plus un chat ?, il y a des dessins qui ont 25 ans. D’autres qui datent de l’été 2018. Et que j’adore les chats.
Dès ma naissance, j’ai été entouré par des chats. Mon père était éditeur à la campagne et, là où nous vivions, il y avait des chatières partout. C’était un ancien grenier à blé où les chats pouvaient circuler librement de la cave au grenier. Ils étaient libres. On me raconte qu’il y avait sept chats quand je suis né et que j’adorais un chat roux qui s’appelait Totor. ”


“Les chats c’est comme les gens, il y en a des sympathiques et d’autres non. Je ne les aime pas tous. Mais les gouttières, les chats de Venise en revanche, ils me plaisent tous. J’ai une amie à Venise qui “avait” un soriano énorme, un tigre, qui s’appelait Gaston. Il vivait sur la place des Miracoli. Tout le monde le connaissait. Et il avait deux « maîtresses », mon amie et Donna Leon ! Il y avait toujours un accès entre chez Donna Leon et chez eux. Gaston vivait en totale liberté dans Venise, mais dormait et bouffait chez l’une ou l’autre ! Ce que j’aimais c’est que le chat, personne ne s’en occupait particulièrement. Mais elles vivaient chez leur chat.”

© Nicolas Vial. Plus un chat ? Editions du Chêne.

“Très jeune j’ai commencé à dessiner des chats, mais aussi tout un bestiaire, des animaux bizarres, des rhinocéros, des autruches… Je peignais déjà des têtes d’animaux à mes personnages. J’aime les animaux. Ils me touchent.
Zoohey : Les crocodiles hantent d’ailleurs les pages du livre…
Oui, je ne voulais pas faire un bouquin culcul la praline! J’ai voulu représenter tous les coins paumés de Venise. Pas les endroits où il y a tous les touristes. Au fond d’une impasse à la Giudecca, à Castello direct sur la lagune. Je n’ai rien inventé. Tout ce qui est dans le livre existe à Venise ! On peut les retrouver.”

Le livre
“Cela fait 25 ans que je travaille sur ce livre en parallèle de tout. J’étais sûr qu’il sortirait, alors je n’étais pas pressé. Puis un jour il était prêt et je l’ai proposé aux éditions de Chêne. Ils l’ont accepté tout de suite. Et je savais que j’avais un écrivain !”

© Nicolas Vial. Plus un chat ? Editions du Chêne.

Didier Decoin
“Je suis peintre de la Marine. Un jour, j’étais d’astreinte au Salon nautique avec Didier Decoin, qui est aussi président des écrivains de la Marine, pour signer un livre sur le Bellem (éditions Gallimard). Il me demande ce que je fais en ce moment. Je lui dis que je prépare un livre sur Venise. ” Mais j’adore Venise !” Et sur les chats. Et lui est fou de chats. Il ne peut pas vivre, travailler sans un chat à côté de lui ! Lorsqu’il écrit, il a une chatte sur son bureau. Je lui ai alors proposé d’écrire les textes. Il a dit oui tout de suite ! Il l’a écrit en un été. Il s’est éclaté, il s’est marré. Sa femme me disait qu’elle l’entendait éclater de rire. Il écrivait ce qu’il voulait. Il avait une totale liberté.”
(Comme un chat à Venise…)

Plus un chat ?
Nicolas Vial, textes de Didier Decoin
Editions du Chêne, 2018
112 pages, 35 euros

© Anna Wloch
Les mains de Nicolas Vial photographiées par Anna Wloch.
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